
Je n'ai pas encore trouvé de lieu singulier capable de rehausser cette histoire qui n'en est pas une. Je ne connais pas de Café Robinson. Et les autres m'ennuient Je les évite même. Ils appartiennent aux inconnus. Ils sont trop habités. Comment affectionner des mondes où gisent d'affreux personnages pour qui « les filles sont comme des livres
que tu sais que tu finiras pas. Holy shit. C'est tellement stérile. » De toute façon, je n'aime pas vraiment les objets. Les livres en font partie. Sauf quelques-uns bien précis qui tiennent dans un sac à main.
Il est rare que l'on sait à ce point, que l'on se sait soi. Je me sens exactement ainsi : jouissant d'une conscience faste, belle de ma petite rivière. Chaque galet, chaque bouillon, chaque branche limoneuse assiste l'onde brune dans sa fin, y jette un peu de brûlantes lueurs. Il y coule juste une brise qui ne déplace que la chaleur du visage sans même réussir à faire s'agiter les cheveux. Le temps est bon. Et puis, il y a lui que je croyais, à tort, ne plus aimer autant qu'avant : les déceptions, les échappées, la distance. Et non. Il sacre et me demande des choses. Il y a de moins en moins de gens autour. Avec lui comme avec les autres, j'aime savoir que nous sommes seuls, forts. Qu'il n'y a que nous, que nous sommes ce qu'il y a de plus passionnant parce qu'ensemble. « J'aimerais [lui] lécher la joue et jouer du tam-tam». Je me trouve bien naïve mais je sais que je serai toujours plus brave qu'avant. Malgré tout. Cette paix, il ne faut pas trop que je m'y attarde, m'angoisse un peu. La superstition me gagne et j'en viens à y voir le signe que la fin s'amorce. Que tout peut s'achever
parce qu'il y a cette paix. Un esprit s'amusant à tordre le monde, trop habitué à le retourner dans tous les sens juste pour voir.
Hier, il neigeait à cette heure.
Dès l'aube, j'irai me blottir dans la maison blanche (la mienne n'est pas
rose, non) qui flotte entre deux rives derrière la montagne. J'espère qu'il y aura du pâté au poulet ou du macaroni. Le matin, Loulou courra partout et me réveillera de son boucan. Et ils seront plus nombreux que je le croyais, embrumée dans mon lit ; ils seront tous là. Il ne manquera plus que moi.